Appel à manifester ce 5 mars 2016

En 2016, les violences envers les femmes, c’est partout et tous les jours. Ça suffit!
Nous, femmes solidaires, refusons :
– que d’autres parlent à notre place de nos vies que nous sommes les seules à connaitre. Marre du paternalisme!
– que les violences machistes que nous rencontrons toutes avec plus ou moins d’intensité sous l’une ou l’autre de leurs déclinaisons (violences du partenaire, sexuelles, psychologiques, économiques, institutionnelles, mutilations, harcèlement de rue, mariages forcés, discriminations, sexisme quotidien, précarisation, …) soit minimisées ou invisibilisées. Marre du déni!
– d’être jugées et incitées à changer de comportement pour éviter les violences que nous subissons. Marre de la culpabilisation!
– que d’autres prétendent vouloir nous défendre alors qu’ils concrétisent en fait sur notre dos des politiques sécuritaires, racistes, impérialistes et capitalistes qui ne font en rien avancer les droits des femmes, bien au contraire. Marre de l’instrumentalisation!
Nous exigeons :
– que nos paroles et nos réalités soient entendues pour ce qu’elles sont.
– que la honte change de camp, que les violences machistes sous toutes leurs formes ne soient plus tolérées.
– que la responsabilité des violences machistes soit assumée collectivement et que les pouvoirs publics débloquent donc des moyens pour les combattre structurellement.
– Nous exigeons de vivre enfin toutes en sécurité.
C’est pour ça, et parce que nous savons que ce n’est que par notre mobilisation déterminée et collective que nous parviendrons à faire bouger les choses, que, à l’approche de la journée internationale des droits des femmes, nous appelons nos mères, nos sœurs, nos copines, nos voisines à prendre la rue ensemble pour une manifestation de femmes* le samedi 5 mars 2016, à 14h, à Bruxelles, au départ de la Place Marcel Broodthaers (gare du midi, sortie Fonsny).
Les enfants sont les bienvenues et pour les parents qui le désirent, leur sécurité et visibilité seront assurées dans un « baby bloc » encadré en tête de cortège.
Notre féminisme n’a pas de sens s’il entretient les privilèges de certaines (blanches, hétéros, valides, bourgeoises, avec papiers, …) au détriment d’autres d’entre-nous. Nous savons que notre combat ne peut se gagner qu’en s’attaquant en même temps et avec autant de vigueur à toutes les oppressions et discriminations.
Aussi, pour garantir une action solidaire et inclusive où chacune se sente bien et à sa place, aucune expression raciste, islamophobe, lesbophobe, homophobe, transphobe ou putophobe ne sera donc tolérée dans le cortège. Nous resterons mobilisées dans ce sens au-delà du 5 mars, en soutenant et rejoignant notamment la manifestation organisée le lendemain par le comité des femmes sans papiers (infos ici:https://www.facebook.com/events/502324079970892/).
Femmes en lutte
Avec le soutien de Feminisme Yeah!, Cercle Féministe de l’ULB, Collectif contre l’islamophobie en Belgique (CCIB), Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie (Mrax), KIF KIF, Azira’s Way, My Choice Not Yours, FEL – feministisch en links, Garance asbl, Bruxelloise et Voilée, Tayush, Vrouwen Overleg Komitee (VOK), Amnesty International Belgique francophone, les Affranchies (groupe féministe des JOC Bruxelles), Malfrap, ActivistChildCare, … (Pour soutenir l’initiative, comme organisation ou individuellement, écrire à femmesenlutte@gmail.com)
*La manifestation est ouverte à toute personne qui a vécu ou vit une oppression en tant que femme ou perçue comme telle. Les hommes qui voudraient nous apporter leur soutien sont chaleureusement invités à le faire en respectant notre choix de non-mixité et en collaborant d’une manière ou d’une autre à la promotion de notre mobilisation. Dans ce cadre, toute initiative de leur part solidaire mais séparée est donc aussi la bienvenue.
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Notre mission

Bruxelles est une petite ville, mais une ville qui vit. Conférences, actions, tables de discussion, organisées par des collectifs allant de un à des centaines de personnes, subsidiées ou non. Une semaine ne passe pas sans de nombreux événements politiques. Nous avons un riche paysage politisé, une écologie de revendications, de collectivisations et d’actions. Ceci est porteur d’espoir. Militer, sous ses différentes formes, est un geste spéculatif au sens des philosophes constructivistes: se lancer dans un futur imaginé, espéré, et faire ce que l’on peut pour y arriver, tout en sachant que notre pouvoir est limité ; ne pas se laisser décourager ou défaire par l’écrasante réalité des oppressions contre lesquelles nous luttons, mais continuer à faire, croire, dire, dénoncer.

Il est évident que même une écologie politique saine n’amène pas l’égalité. Différentes revendications collectives ont différents poids politiques. Deux personnes qui financent des actions de leurs poches n’ont pas le pouvoir d’un ancien mouvement subsidié et bien ancré; ce dernier, par contre, n’a pas la liberté d’action ou de position du premier. Chacun.e a son avis sur ce qui est le mieux ; chacun.e a une ou des causes qui lui sont particulièrement chères ; chacun.e a ses croyances quant à comment fonctionner.

Pour nous, l’essentiel n’est pas que l’on se mette d’accord. Comme dans une prairie sauvage, l’essentiel est que poussent des graines, différentes. Quand la prairie deviendra champ, la domination aura gagné. Si nous avons à Bruxelles une certaine diversité politique, certains groupes et donc certaines revendications sont remarquables par leur absence, parce que certain.e.s n’ont pas les moyens de s’organiser.

Il est très difficile de s’organiser politiquement quand on a des responsabilités qui occupent notre temps. Nous pensons qu’il est essentiel de faire tout notre possible pour accommoder les personnes qui n’ont pas le temps de militer, et pour leur offrir des espaces accessibles. Comme dans tout espace-temps publique, le militantisme connait de nombreuses entraves à l’accessibilité. Ce qui nous occupe spécifiquement ici est l’impossibilité ou la difficulté pour les parents ou adultes chargés d’enfants qui n’ont pas la possibilité de faire garder leurs enfants d’être présent.e.s aux conférences, actions et réunions politiques.

Il est pourtant incohérent pour un collectif qui se veut inclusif de tenir des réunions en dehors des heures d’écoles sans que les enfants y soient bienvenues. D’autre part, des revendications sont formulées sur base de la présence des personnes « revendiquantes » au sein d’un mouvement ; les revendications propres aux mères seules et autres adultes responsables d’enfants ne sont donc pas suffisamment portées à l’attention des collectifs. Ces personnes en ont, pourtant, car elles constituent un groupe précarisé et stigmatisé. En leur rendant plus facilement accessibles ces collectifs, nous espérons plus les entendre. Pour qu’elles deviennent effectivement plus présentes, il ne suffira pas de garderies ou activités, mais il faudra également communiquer auprès d’elles pour qu’elles soient au courant de ces activités, et refléchir aux autres barrières invisibles qui sont très réelles pour elles. Ces barrières sont à découvrir à travers des tables rondes, par exemple.

Bien-sûr, nous pouvons amener nos enfants aux réunions, mais nous sommes alors distraits, et étant en général seule participante à être ainsi distrait, la situation n’est pas confortable. Les enfants sont mis à l’écart de la vie publique de manière générale, et relégués à des espaces bien spécifiques (parcs, écoles, maisons de jeunes). Nous n’avons pas l’habitude de les trouver aux grandes conférences. Nous n’avons pas l’habitude d’accepter le bruit qu’ils peuvent faire comme résultat inévitable de notre coexistence. Ceci doit changer, et nous avons pour intention d’œuvrer en ce sens. Par ailleurs, payer une garde d’enfants coute cher. De nombreuses personnes peuvent compter sur des membres de leur famille ou sur des amies pour s’en occuper. De nombreuses autres ont la possibilité économique de payer une garde. D’autres pourraient ce faire, mais verraient le fait de laisser leurs enfants à un.e autre pour une soirée comme un sacrifice trop grand. Les événements militants destinés aux adultes devraient donc être accompagnés de garderies ou activités destinées aux enfants. Il ne suffit pas que ce soit possible pour les personnes qui s’occupent d’enfants d’être présentes, il devrait être confortable. Ceci est aussi l’occasion d’ouvrir des espaces militants pour les enfants. Il en existe déjà, certes, mais ils restent trop rares.

Pour ces raisons, nous fondons aujourd’hui ActivistChildCare, asbl:

Cette association a pour  buts :

-de favoriser la participation des personnes ayant des obligations et responsabilités parentales dans les mouvements citoyens et militants dont les buts sont en règle avec les valeurs démocratiques, les droits fondamentaux et l’écologie.

-de favoriser l’organisation politique des parents et autres personnes chargées d’enfants afin de mener à une meilleure représentation politique de ces derniers et des revendications qui leurs sont propres, d’une part, et de contribuer à les outiller pour la défense des droits de leurs enfants quand ceux-ci n’ont pas la capacité légale pour le faire, dans une perspective d’éducation permanente et populaire.

-d’œuvrer à rendre les parents politiquement visibles en Belgique, notamment les mères seules.

Et d’autre part,

-d’ouvrir des espaces destinés aux enfants au sein de ces mouvements, afin de les exposer à l’expérimentation démocratique, à l’exercice de la prise de parole et de la formulation collective de revendications, et d’ainsi former des citoyennes et citoyens capables de défendre leurs droits. Ces espaces seront des lieux d’activités diverses, dont les pratiques sont en règle avec les valeurs démocratiques et le respect de l’environnement.

-de favoriser la prise de parole des parents et enfants dans les collectifs militants.

-de prêter attention à la situation des parents et des enfants dans le paysage associatif belge afin d’élaborer à terme un état des lieux permettant de proposer des pistes pour améliorer leur inclusion.

-de lutter contre la stigmatisation des familles monoparentales et contre le sexisme.

 

Notre plus cher espoir est que, à long terme, nous n’ayons plus de raisons d’être ; qu’il soit un reflex de penser aux enfants et aux adultes qui s’en occupent ; qu’il devienne possible d’exister politiquement tout en ayant une vie de famille, même dans la précarité. Nous espérons pouvoir contribuer à la réalisation de ce possible.