Notre mission

Bruxelles est une petite ville, mais une ville qui vit. Conférences, actions, tables de discussion, organisées par des collectifs allant de un à des centaines de personnes, subsidiées ou non. Une semaine ne passe pas sans de nombreux événements politiques. Nous avons un riche paysage politisé, une écologie de revendications, de collectivisations et d’actions. Ceci est porteur d’espoir. Militer, sous ses différentes formes, est un geste spéculatif au sens des philosophes constructivistes: se lancer dans un futur imaginé, espéré, et faire ce que l’on peut pour y arriver, tout en sachant que notre pouvoir est limité ; ne pas se laisser décourager ou défaire par l’écrasante réalité des oppressions contre lesquelles nous luttons, mais continuer à faire, croire, dire, dénoncer.

Il est évident que même une écologie politique saine n’amène pas l’égalité. Différentes revendications collectives ont différents poids politiques. Deux personnes qui financent des actions de leurs poches n’ont pas le pouvoir d’un ancien mouvement subsidié et bien ancré; ce dernier, par contre, n’a pas la liberté d’action ou de position du premier. Chacun.e a son avis sur ce qui est le mieux ; chacun.e a une ou des causes qui lui sont particulièrement chères ; chacun.e a ses croyances quant à comment fonctionner.

Pour nous, l’essentiel n’est pas que l’on se mette d’accord. Comme dans une prairie sauvage, l’essentiel est que poussent des graines, différentes. Quand la prairie deviendra champ, la domination aura gagné. Si nous avons à Bruxelles une certaine diversité politique, certains groupes et donc certaines revendications sont remarquables par leur absence, parce que certain.e.s n’ont pas les moyens de s’organiser.

Il est très difficile de s’organiser politiquement quand on a des responsabilités qui occupent notre temps. Nous pensons qu’il est essentiel de faire tout notre possible pour accommoder les personnes qui n’ont pas le temps de militer, et pour leur offrir des espaces accessibles. Comme dans tout espace-temps publique, le militantisme connait de nombreuses entraves à l’accessibilité. Ce qui nous occupe spécifiquement ici est l’impossibilité ou la difficulté pour les parents ou adultes chargés d’enfants qui n’ont pas la possibilité de faire garder leurs enfants d’être présent.e.s aux conférences, actions et réunions politiques.

Il est pourtant incohérent pour un collectif qui se veut inclusif de tenir des réunions en dehors des heures d’écoles sans que les enfants y soient bienvenues. D’autre part, des revendications sont formulées sur base de la présence des personnes « revendiquantes » au sein d’un mouvement ; les revendications propres aux mères seules et autres adultes responsables d’enfants ne sont donc pas suffisamment portées à l’attention des collectifs. Ces personnes en ont, pourtant, car elles constituent un groupe précarisé et stigmatisé. En leur rendant plus facilement accessibles ces collectifs, nous espérons plus les entendre. Pour qu’elles deviennent effectivement plus présentes, il ne suffira pas de garderies ou activités, mais il faudra également communiquer auprès d’elles pour qu’elles soient au courant de ces activités, et refléchir aux autres barrières invisibles qui sont très réelles pour elles. Ces barrières sont à découvrir à travers des tables rondes, par exemple.

Bien-sûr, nous pouvons amener nos enfants aux réunions, mais nous sommes alors distraits, et étant en général seule participante à être ainsi distrait, la situation n’est pas confortable. Les enfants sont mis à l’écart de la vie publique de manière générale, et relégués à des espaces bien spécifiques (parcs, écoles, maisons de jeunes). Nous n’avons pas l’habitude de les trouver aux grandes conférences. Nous n’avons pas l’habitude d’accepter le bruit qu’ils peuvent faire comme résultat inévitable de notre coexistence. Ceci doit changer, et nous avons pour intention d’œuvrer en ce sens. Par ailleurs, payer une garde d’enfants coute cher. De nombreuses personnes peuvent compter sur des membres de leur famille ou sur des amies pour s’en occuper. De nombreuses autres ont la possibilité économique de payer une garde. D’autres pourraient ce faire, mais verraient le fait de laisser leurs enfants à un.e autre pour une soirée comme un sacrifice trop grand. Les événements militants destinés aux adultes devraient donc être accompagnés de garderies ou activités destinées aux enfants. Il ne suffit pas que ce soit possible pour les personnes qui s’occupent d’enfants d’être présentes, il devrait être confortable. Ceci est aussi l’occasion d’ouvrir des espaces militants pour les enfants. Il en existe déjà, certes, mais ils restent trop rares.

Pour ces raisons, nous fondons aujourd’hui ActivistChildCare, asbl:

Cette association a pour  buts :

-de favoriser la participation des personnes ayant des obligations et responsabilités parentales dans les mouvements citoyens et militants dont les buts sont en règle avec les valeurs démocratiques, les droits fondamentaux et l’écologie.

-de favoriser l’organisation politique des parents et autres personnes chargées d’enfants afin de mener à une meilleure représentation politique de ces derniers et des revendications qui leurs sont propres, d’une part, et de contribuer à les outiller pour la défense des droits de leurs enfants quand ceux-ci n’ont pas la capacité légale pour le faire, dans une perspective d’éducation permanente et populaire.

-d’œuvrer à rendre les parents politiquement visibles en Belgique, notamment les mères seules.

Et d’autre part,

-d’ouvrir des espaces destinés aux enfants au sein de ces mouvements, afin de les exposer à l’expérimentation démocratique, à l’exercice de la prise de parole et de la formulation collective de revendications, et d’ainsi former des citoyennes et citoyens capables de défendre leurs droits. Ces espaces seront des lieux d’activités diverses, dont les pratiques sont en règle avec les valeurs démocratiques et le respect de l’environnement.

-de favoriser la prise de parole des parents et enfants dans les collectifs militants.

-de prêter attention à la situation des parents et des enfants dans le paysage associatif belge afin d’élaborer à terme un état des lieux permettant de proposer des pistes pour améliorer leur inclusion.

-de lutter contre la stigmatisation des familles monoparentales et contre le sexisme.

 

Notre plus cher espoir est que, à long terme, nous n’ayons plus de raisons d’être ; qu’il soit un reflex de penser aux enfants et aux adultes qui s’en occupent ; qu’il devienne possible d’exister politiquement tout en ayant une vie de famille, même dans la précarité. Nous espérons pouvoir contribuer à la réalisation de ce possible.

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