Non au « mini-miss », ok, mais pas qu’aux concours…

L’organisation d’un concours de « mini-miss » cet été à la Panne provoque un certain scandale. La nouvelle ministre de l’enfance argumente, justement, que  ce type de concours « constitue une dérive de l’hypersexualisation de la société, dangereuse pour l’intégrité morale, physique et psychologique des enfants en bas âge ». Isabelle Simonis dénonce également l’hypersexualisation des enfants: « Je suis tout à fait contre ces concours qui concentrent tous les clichés et stéréotypes par rapport aux femmes et qui en plus sont néfastes par rapport à la construction identitaire et la santé mentale des enfants« , dit-elle. Le Soir, quant à lui, introduit ces critiques en parlant d’une « hypersexualisation précoce des enfants »[1].

Dénoncer l’hypersexualisation des enfants est cruciale, et nous soutenons pleinement l’intention de la ministre pour les droits des femmes d’interdire ces concours. Mais est-il nécessaire de la qualifier de « précoce » ? « hypersexualisation précoce des enfants », n’est-ce pas redondant ? Et si nous parlions juste de « sexualisation » des enfants? Serait-ce moins grave que « hypersexualisation précoce »? Ceci amène la question: existe t’il une sexualisation acceptable et appropriée des enfants?

D’un point de vue normatif, la réponse est très certainement NON. Les enfants ne sont pas des êtres sexuels, ou en tout cas, ce ne sont pas des êtres à sexualiser. Ils et elles peuvent se découvrir une sexualité à partir d’un âge variable, évidemment. Il est difficile de dire à quel âge on devient ou on peut devenir sexuel, en soi, dans les interactions avec les paires. Mais il n’est pas difficile de dire qu’il y a un âge en dessous duquel on ne peut pas sexualiser.

Mais force est de constater que les enfants sont sexualisées. Parce que les enfants sont genré.e.s, et la féminité est construite en fonction d’une sexualisation. Et pas n’importe quelle sexualisation: une sexualisation de violeur où le désir est projeté sur la personne désirée pour qu’elle en porte la responsabilité, plutôt que de rester à la charge de la personne désirante; où les humains sont compartimentés, d’abord entre « corps » et « âme », puis entre parties: un féminin, un objet de désir, est la somme de fesses, seins, cheveux, personnalité, etc.

Les identifiées filles, dès leur naissance, sont formées à être des objets de désirs, dignes de ce désir, et soumises à ce désir. Dans cette éducation hypersexualisée, le désir devient un fait bilatéral, une projection d’autrui sur soi, plutôt que d’être le produit d’une interaction humaine. C’est aussi ça que veut dire « objectivation des corps ». A partir du moment où le corps féminin est déconstruit et dissocié de la personne humaine, où il devient des morceaux d’un puzzle, qu’est-ce qui empêche la projection d’un désir sexuel sur un.e enfant? Quelle-est la différence entre un corps d’adolescente et un corps de femme, dans les yeux d’un homme adulte? Quel outil d’appréhension, quel concept du bagage sexuel de notre culture empêche cet amalgame? Aucun. Pour appréhender la différence entre une femme et une enfant, il faut considérer que l’on est face à une personne. Si cette personne disparaît dans un processus d’objectivation, en quoi est-ce grave d’avoir des relations sexuelles avec une adolescente, avec une enfant?

Le terme même de  « sexualisation » porte en lui des notions importées d’une culture du viol tout en servant à la dénoncer. Pourquoi parler d’hypersexualisation quand la sexualisation est déjà une violence? Le préfixe -ation indique un processus; sexualisation veut dire « rendre sexuel ». Il n’y a donc que l’AUTO-sexualisation qui est compatible avec une notion du désir non-violente.

Dénonçons donc les concours mini-miss, mais n’oublions pas qu’ils ne sont que la pointe de l’iceberg qui est notre société du viol, et aussi difficile soit-il de l’avouer, une société du viol est une société porteuse intrinsèquement d’un potentiel pédophile. Qu’est-ce qui fait la différence entre un viol et une relation sexuelle? Non pas le « consentement », notion qui relève elle aussi d’un vocabulaire de violeur, mais l’agence, l’agentivité, l’action. Qu’est-ce qui fait la différence entre une femme et un enfant? L’agence, également. Or, les femmes sont infantilisées dans leur sexualité. La sexualité féminine présentée comme idéale dans notre culture est une sexualité passive, sans agence. La femme idéale n’est pas une adulte, mais un substrat de sexualisation imposée de l’extérieur. Cette perception des femmes réduit la différence essentielle entre femme et enfant. Il faut repenser notre culture sexuelle, sans quoi ça n’a aucun sens de se prétendre indigné.e par une « hypersexualisation précoce des enfants. » Soyons indigné.e.s par la possibilité de sexualisaTION de l’autre; par une éducation à la passivité de la quasi totalité des identifiées filles; par le déplorable état de notre culture sexuelle, qui confond sexe et viol, humain et objet, où toutes les filles et femmes sont confondues dans une masse de féminin demi-humain, objet de désir ou porteur de ce potentiel encore non déployé mais déjà constituant l’essence de notre être, ou plutôt de notre non-être. »

Eleanor Miller

 

 

 

 

[1] http://www.lalibre.be/actu/belgique/un-concours-de-mini-miss-prevu-cet-ete-souleve-l-indignation-5717b3ec35708ea2d4bc0f66

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