Retour sur la table ronde du 28/04: mères et militantes, enjeux et stratégies

Le 28 avril, nous avions une table ronde pour les mères seules qui souhaitent militer et ne trouvent pas le temps ou l’énergie, ou celles qui militent mais qui sont insatisfaites de la place qu’elles trouvent ou qu’on leur accorde dans les collectifs. En tant qu’animatrice, j’avais préparé de nombreux exercices et « ice-breakers », une liste de sujets à aborder, etc., mais nous n’en avions pas du tout besoin. Premièrement, parce que nous étions très peu, ce qui peut créer d’emblée une ambiance intime qui facilite la discussion, et deuxièmement, parce que nous avions tellement de choses à nous dire sur ce sujet que nous avons manqué de temps et de structure pour les explorer.

Première décision unanime de la soirée : il faut créer des espaces de paroles pour les mères seules militantes. Rendez-vous donc le 12 juin, lieu et heure à confirmer.

Deuxième décision: les modes de réunion des collectifs traditionnels sont de fait exclusifs pour nous: en soirée, dans des locaux qui ne conviennent pas aux enfants, révérence du silence et de l’ordre du jour à dispatcher dans un temps fixe, etc; même les manifestations sont en général trop longues pour les enfants; pourquoi pas plus de rassemblements statiques? Nous voulons organiser nos réunions sur un autre mode, en choisissant avec soin le lieu, l’heure et l’organisation.

Nos situations sont très différentes, en fonction du soutien familial ou de proches; de l’âge et du nombre de nos enfants; de la présence ou de l’absence de l’autre parent; de notre situation socio-économique… mais nous avons aussi des expériences communes.

Parmi les sujets qui sont ressortis comme nous tenant à cœur, on peut citer :

  • Le manque de canaux et lieux pour les paroles de mères seules ; dans les discussions autour de la loi travail, par exemple, celles-ci sont notables par leur absence, alors que les mères qui travaillent en souffriront énormément.
  • La difficulté de mener une vie compartimentée entre les moments où l’on porte une casquette « mère », une casquette « militante », une casquette « compagne », une casquette « travailleuse », etc. ; nous souhaiterions avoir la possibilité d’intégrer certains aspects de nos vies, notamment nos enfants et la participation politique.
  • La fatigue et le manque de temps pour soi, de vie sociale.
  • Les culpabilisations, venant des autres et venant de soi-même.
  • L’importance d’impliquer, et je cite, des « zizis » dans la garde des enfants.
  • L’importance d’offrir aussi la possibilité de participation aux mères qui vivent en couple mais qui assurent la plus grande charge de travail liée aux enfants et au ménage, et donc les situations de gestion du temps, des déplacements, de l’énergie, ressemblent très fort aux nôtres de ce fait.
  • L’importance de repenser les collectifs militants et les figures qui sont mises en avant comme exemples dans le milieu de manière à inclure les mères et les enfants : le collectif militant traditionnel, hérité de la gauche, est traversé d’une hiérarchisation puissante qui reflète celle de la société plus large : homme, femmes, enfants ; par ailleurs, la tenue des réunions dans de tels collectifs est de fait exclusive pour les familles. Nous souhaitons repenser les réunions et les organiser de manière plus sociale, ouverte aux enfants et où le temps est laissé à la parole de chacun.e.
  • L’importance de changer les mentalités pour que ça devienne un réflexe d’ouvrir les événements et espaces aux enfants et aux parents qui s’en occupent.
  • Le caractère exclusif des heures de tenues des réunions et conférences.
  • La mise en avant du fait que, même si nous voulons militer aussi en tant que mères seules, les mères seules n’ont pas à porter le fardeau de la représentativité : elles doivent pouvoir parler de sujets dits « d’intérêt général » sans être réduite à la représentation de leur genre ou de leur situation familiale.
  • La remarque a été faite par plusieurs personnes que ma manière de présenter les choses par écrit n’est pas accessible pour un public non-averti. Je reconnais le problème et je ferai des efforts dans ce sens.

Ce n’est donc pas la matière qui manque, ni la motivation, mais bien le temps et peut-être l’énergie. Et ça fait un bien fou d’en parler, parce que qui dit parler à plusieurs, dit mettre en commun. Et qui dit mettre en commun, dit peut-être se rendre compte que nos vécus ne sont pas le résultat de nos propres failles ou insuffisances, mais bien d’un système excluant ; et qui dit se rendre compte de cela, dit politiser ce qui est encore traité comme du privé.

Rendez-vous le 12 juin pour préciser cela…

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