Scolarisation de nos enfants : entre contrainte et liberté

Impressions récoltées lors de la permanence du 6 avril de ActivistChildCare

Lors de cette première rencontre, le thème qui a émergé comme central est l’école. Ce texte n’est pas une série de revendications détaillées, mais une série d’impressions, une mise en commun de nos expériences et interprétations de celles-ci. 

L’école, une obligation qui rythme nos vies de manière fortement contraignante, voir violente. Se lever tôt, se dépêcher, encore fatigué-e-s, avec nos enfants encore fatigué-e-s, courir, courir travailler, courir les chercher. Ecouter d’une oreille ce qu’elles et ils nous racontent en faisant la cuisine, jusqu’à ce qu’elles et ils n’aient plus l’envie de raconter, sans doute en partie parce que nous, parents, sommes relativement impuissant-e-s par rapport aux violences qui y sont vécues, et parfois nous n’écoutons pas. Et les devoirs, des heures de devoirs, épuisants, difficiles, avec lesquels nous devons les aider, passant le peu de temps libre que nous avons avec elles et eux à les obliger à travailler, encore et encore.

« Il faudra aider votre enfant avec ses devoirs », balance un directeur d’école, totalement inconscient de la difficulté de ce qu’il propose, quand on est seul-e, quand on ne lit pas le français, quand on a plusieurs enfants, quand on travaille jusqu’à 18h… Comme s’il n’existait qu’une famille, nucléaire, hétérosexuelle, avec une distribution des rôles sexuée de manière à ce que la mère ait le temps et l’énergie, ou s’efforce de trouver le temps et l’énergie, pour effectuer un travail gratuit de plus avec ses enfants, le travail scolaire.

Des écoles où nous, familles monoparentales, n’existons pas. Nous sommes un scandale, une exception qui confirme la règle, une erreur dans un système qui continue à être brandi comme plus ou moins parfait. Nous nous cachons, nous nous rassemblons, nous ne nous sentons pas inclues dans la vie d’école, nous ne nous retrouvons pas dans ces familles organisées, qui ne sont jamais en retard à la garderie, qui ne doivent jamais envoyer quelqu’un-e chercher l’enfant de manière imprévue, qui payent les énormes factures scolaires à temps, qui boivent des cafés et s’échangent des invitations aux anniversaires de leurs enfants. Des écoles où nos enfants sont confronté-e-s une fois par an à l’injonction de fêter un parent qui n’existe peut-être pas pour elles-eux, qui existe dans des vagues souvenirs de violence, de négligence, ou qui existe deux fois dans les familles homoparentales.

Vouloir créer autre chose, rythmer nos vies par une collectivisation autre qu’étatique. Compliqué à mettre en place, les alternatives : l’instruction à domicile ? avons-nous assez d’argent, ou de temps, ce qui revient au même en la matière ? Et qu’en est-il de la vie sociale, de l’enfant, des parents ? S’appuyer sur des femmes, les grand-mères, les travailleuses migrantes ? S’appuyer sur une communauté qui rime à exiger encore du travail gratuit ou sous-payé des femmes ? Le besoin d’une communauté se fait ressentir fortement, nous souhaitons récupérer un village mais penser ce nouveau village sur des lignes non-patriarcales, que la communauté soit portée par l’ensemble de ses membres, que les femmes, filles, mères, grand-mères, travailleuses migrantes, ne soient plus ses seules dépositaires, ses seules gardiennes, ses seules travailleuses, ne soient plus considérées comme ses seules bénéficiaires.

En attendant, donc, chercher des écoles à pédagogie alternative, « active ». Etre déçu-e de la présence de violences aussi dans ces écoles que l’on espère meilleures. Tenter de s’investir dans la vie scolaire et rencontrer des résistances, des fatigues, des dominations sociales. L’école impose son rythme et ses valeurs, il est très difficile d’y échapper.

L’école est obligatoire, et parfois l’école que l’on voudrait nous est refusée. Si certain-e-s pensent des moyens d’échapper à l’école, d’autres luttent pour y accéder, ou pour accéder à certaines écoles : manque de place, relégation scolaire raciste, classiste et capacitiste, c’est-à-dire axée sur la présence ou la perception de difficultés. Des écoles à enseignement spécialisé rempli de jeunes issu-e-s de l’immigration post-coloniale, comme les écoles professionnelles. Des parents se battent pour que leur enfant ait une place dans une « bonne école », parce qu’en attendant l’utopie, nous voulons que nos enfants aient accès à une réussite sociale confortable. L’accès à l’école peut aussi être attendu avec impatience. Quand on a des petit-e-s, l’école peut rimer à des moments seuls, à la possibilité de faire autre chose de ses journées que répondre aux besoins d’un-e petit-e, à la récupération d’un espace de liberté pour des adultes trop pris-es.

L’école rentre aussi dans un thème plus large, qui est le degré de contrôle que nous, parents, pouvons avoir sur l’éducation de nos enfants, et le degré de collectivisation de cette éducation que nous souhaiterions. Une mère qui ressent le recours au soutien à la parentalité comme important pour elle, une autre qui ressent le soutien à la parentalité comme inéluctablement paternaliste ; un sentiment d’impuissance par rapport à l’apprentissage d’une masculinité potentiellement toxique d’un fils, par rapport à des contrôles policiers quotidiens et racistes, par rapport à l’hypersexualisation d’une fille, par rapport à des sanctions scolaires d’une jeune qui réagit aux discriminations de ses professeur-e-s, par rapport à l’exclusion scolaire, aux carcans identitaires que l’on veut éviter pour nos enfants mais auxquels ils sont rappelés tous les jours de mille manières différentes… des méfiances extrêmes par rapport à tout support institutionnel proposé aux parents, méfiances nées d’expériences directes ou indirectes de racisme, de sexisme, de discours et gestes liberticides et stigmatisants. Des méfiances qui amènent des refus ou réticences à y avoir recours, et parallèlement des frustrations quant à leur insuffisance, parce que l’on se retrouve toujours à devoir trouver des solutions privées, fortement variées en fonction de nos budgets et de nos réseaux, solutions privées qui sont de ce fait fortement inégalitaires et qui sont inévitablement instables.

Concrètement, le besoin de collectiviser se fait très fort ressentir : se collectiviser en tant que parents, mais aussi ouvrir des espaces de collectivisation pour les enfants et les jeunes, pour qu’elles et eux aussi puissent s’exprimer sur leurs besoins. Les moyens d’action proposés sont très divers : l’interpellation politique pour certain-e-s, via un rassemblement planifié le 27 septembre prochain concernant les relégations scolaires, l’action locale pour d’autres, via l’ouverture d’un lieu à Saint-Gilles réellement enfants bienvenu-e-s, une militance d’une position d’institutrices pour d’autres, ou encore l’interpellation à l’échelle d’une école spécifique. Des détails suivront concernant ces actions.

Nos expériences et nos interprétations de celles-ci sont diverses, mais nous avons un commun un désir de communication et de collectivisation de ces expériences et nous nous sommes écouté-e-s réellement.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s