E. et L., ou une (toute petite) relation abusive.

E. est assigné garçon, L. est assignée fille. Ils sont camarades de classe. E. est obsédé par L., la suit partout, ne la lâche jamais. A l’heure de raconter une histoire, si la place à côté de L. est prise, E. pousse les enfants pour se coller à L. Pareil à l’heure de la collation, du repas, du bricolage, etc. Quand L. est absente, E. demande à longueur de journée, « elle est où! elle est où! ». Si L. joue avec d’autres enfants, E. fait des crises de jalousie, allant jusqu’à la violence. Et L.? Quand E. est absent, elle a l’air plus heureuse, elle joue avec d’autres, elle est plus libre, plus souriante.

C’est une histoire fréquente. Des enfants s’attachent de manière (co)dépendante à d’autres, et ces attachements ne suivent pas les lignes hétéronormatives: des filles « collent » des garçons, et des filles, des garçons « collent » des filles et des garçons. En soi, ça n’a rien de grave ou même de malsain.

Ce sont les projections adultes inconscientes qui peuvent en faire une situation réellement abusive. La relation entre E. et L. existe entourée d’adultes qui choisissent des camps, expriment des avis, font des choix quant à quels comportements punir, encourager, ou ignorer. La mère de E. trouve ça tellement mignon, et protège son fils à tout prix. Elle l’inscrit aux mêmes activités que L., lui achète les mêmes jouets, fait tout ce qui est en son pouvoir pour maintenir cette relation. Que E. soit sa priorité est cependant compréhensible.

La mère de L. est mitigée; elle dit que L. est parfois « flattée » par l’attention, mais que « parfois c’est trop ». Elle veut le bonheur de sa fille, et exprime que l’attention d’un garçon peut aller en ce sens. Et les institutrices? Nous qui sommes censées être des adultes de référence, neutres, rationnelles? Nous puisons dans nos idéologies pour parler le langage de notre culture, de la culture du viol:

« Mais L., c’est juste parce qu’il t’aime bien! ».

« Oui mais si E. la laissait tranquille elle serait fâchée hein ».

« Ooh c’est mignon il est amoureux! »

« C’est le petit couple de la classe! »

« En réalité elle a plus besoin de lui que vice versa, il l’aide avec son travail » (ceci est faux).

Et, bien-sûr, « Elle se défendrait si ça l’embêtait vraiment ».

Mais elle ne se défend pas, sauf en me demandant de les séparer un maximum. Physiquement, et verbalement, elle le laisse faire et parfois elle pleure, discrètement. A quatre ans, le peu de dimorphisme sexué qui s’installera avec des années de différences de taux et de types d’activités ne se manifeste pas encore. L. est tout aussi forte que E., et un peu plus grande. Malgré cela, à quatre ans, L. a déjà appris à taire sa force physique et ses envies et à ne pas se servir de son corps ni de ses mots pour se défendre, et nous l’assistons dans cet apprentissage en signalant clairement que ses envies sont secondaires par rapport à  celles de E.

On laisse aller. On les laisse jouer ensemble, s’asseoir ensemble, tout le temps. Même quand L. va visiblement mal, les jours où elle ne sourit pas, même quand E. veut tellement d’elle qu’il la cogne, qu’il la tient de force pour lui faire des bisous, nous nous adressons à L. en disant: « mais L. il veut juste un bisou! allez! ».

L. a des bleus à cause de E. Elle passe des mauvaises journées. Elle ne peut jouer avec personne d’autre. Elle ne peut pas respirer. La présence de E. diminue très clairement sa qualité de vie et la qualité de son expérience scolaire. Et nous ne faisons rien pour l’empêcher. Et E. est encouragé dans ce comportement. A quel âge lui expliquera t’on qu’il ne peut pas forcer l’amitié et les bisous? Que non, c’est non? A six ans? A dix ans?

Ce sont des schémas tellement familiers, et ils ne sont pas plus mignons ni moins nocifs à l’échelle de 100 cm qu’à la nôtre. Une exagération? Peut-être, si ce n’était que L. est malheureuse à l’école, et le malheur à 100 cm n’est pas moins douloureux qu’à 160 cm, et la culture du viol en version miniature n’est pas mignonne pour autant.

L. a des droits: à l’intégrité physique, à la liberté de mouvement. En tant qu’institutrices et en tant qu’institution scolaire, nous sommes des acteur-rice-s de première ligne dans la défense des droits des enfants. Nous constituons un modèle de société plus large, avec notre hiérarchie, nos leçons morales et notre système de répression. Nous avons donc une responsabilité énorme, envers L., et envers E. On peut discuter du degré de notre pouvoir sur les enfants: nous les obligeons régulièrement à faire des choses qu’elles et ils ne veulent pas faire. Quoi qu’il en soit, nous ne décidons pas pour L. ce qu’elle veut et ce à quoi elle doit consentir dans ses rapports physiques avec les autres enfants. Et quoi qu’il en soit, cela ne nous appartient absolument pas d’apprécier les situations en fonction de nos idéologies et de faire fi des droits fondamentaux des personnes dont nous nous occupons.

Qui dit petites personnes ne dit pas petits droits, et qui dit grandes personnes ne dit pas appréciation libre et toute puissante des situations. Pour L., et pour E., dont la construction masculine violente est déjà bien entamée, ouvrons les yeux.

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Quelques pistes pour penser aux filles de Bruxelles en cette journée internationale des filles.

ActivistChildCare effectue au cours de cette année une recherche concernant les filles et l’espace urbain à Bruxelles, avec le soutien de la FWB, de la Direction pour l’Egalité des Chances et de la Ministre Isabelle Simonis. Nous profitons de cette « journée internationale des filles » pour vous faire part de quelques réflexions préliminaires sur ces filles qui partagent notre ville.
De qui parle t’on quand on parle des filles dont les droits sont bafoués? La plupart du temps, ces conversations sont tournés vers l’étranger et le choquant: l’excision, les mariages forcés, le manque d’accès à l’éducation sont les thèmes qui reviennent. Ces thèmes sont primordiaux, et concernent des violences qui arrivent aussi à des filles bruxelloises, mais dont les nombres sont, fort heureusement, très faibles. Parlons quelques minutes de Bruxelles. Quasi toutes les conversations autour des soucis des filles de Bruxelles tournent autour des filles « maghrébines », qui seraient seules à être contrôlées, silenciées sur certaines questions primordiales par des tabous sociaux, victimes de violences diverses… Tous les problèmes des filles bruxelloises seraient les conséquences de l’importation d’une culture toute faite, sexiste, homophobe… On connait la chanson.
Seulement, il existe des soucis communs à toutes les filles de Bruxelles, et ceux-ci ne sont pas les faits des garçons arabes: les programmes de jeunesse en Belgique francophone parlent de « les jeunes », « le jeune », et ce masculin en est réellement un: les filles sont pour la plupart négligées par les programmes de jeunesses.
Et donc on ne lutte pas assez pour elles, contre des situations qui sont généralisées: moins d’accès aux loisirs, moins d’accès aux sports, moins d’accès aux aides sociales, plus de contrôle à visée protectionnelle, des parents et familles larges mais aussi des instances étatiques, tabou persistant sur l’agentivité sexuelle des filles et femmes qui complique leurs premières fois, et sur l’agentivité de manière générale qui complique d’autres premières fois, confrontation à des normes irréalisables (blancheur, minceur, hétérosexualité, pour n’en citer que trois), qui causent des réels dégâts, et dépolitisation générale des questions qui leurs sont propres par une psychologisation des conséquences de toutes ces discriminations.
Les filles adolescentes disparaissent des parcs, des rues, des espaces publics, qui ne sont pas aménagés pour elles, mais pour « le jeune », à qui sont réservés également les rêves et projets les plus valorisants et valorisés . Les filles non-blanches peuvent également souffrir de discriminations à l’école, à l’embauche, aux aides sociales, et des restrictions vestimentaires; les filles invalides peinent à se déplacer et sont discriminées; pensons aux filles se découvrant lesbiennes; aux filles se découvrant garçons; aux garçons se découvrant filles; aux filles nommées grosses… Pensons à déconstruire les carcans identitaires qui les construisent dans une (au moins) double discrimination par l’âge et par le sexe.
Penser aux filles qu sont nos concitoyennes demande un réel effort, parce que nous n’avons pas du tout cette habitude, que nous travaillions dans l’aide à la jeunesse, ou dans l’associatif féministe, les filles, petites et adolescentes, semblent passer à travers nos filets. Elles sont pourtant des jeunes, elles sont pourtant des futures femmes, elles sont citoyennes. « gentille fille » ou « mean girl », « fifille » ou « garçon manqué », elles s’adaptent, elles bricolent, elles mobilisent des ressources très impressionnantes pour naviguer un monde complexe et souvent hostile. Cela est commun à toutes les filles du monde, et nous ne devons pas nous tourner vers le Mali, ou le Brésil, ou la Thailande pour en voir la preuve.
ActivistChildCare

Pourquoi améliorer l’inclusion des familles dans le militantisme?

Nous avons fondé ACC suite au constat d’une certaine absence des mères dans les événements militants, réunions, conférences etc.  Cette absence ne se vérifie pas dans tous les collectifs, mais est bien une tendance générale, même dans certains collectifs féministes, et même dans le cadre de discussions autour de revendications qui concernent directement les parents. On voit aussi parfois des femmes disparaitre de la scène politique quand elles ont des enfants.

Nous parlons de mères, parce que la garde d’enfants reste une charge majoritairement féminine, mais la réflexion s’étend à toute personne qui s’occupe de personnes dépendantes, qu’elles soient pères, grands-parents, aidant.e.s proches, etc.

Nous pensons qu’il faut faciliter et encourager la participation des mères et autres adultes responsables de dépendant.e.s pour plusieurs raisons :

  • Pour améliorer l’inclusivité de nos collectifs: nous œuvrons ou prétendons œuvrer vers un monde absent de hiérarchisations et de dominations. Comment travailler cela sans faire tout notre possible pour que nos espaces ne soient pas excluants pour des groupes ? Or, ne pas avoir de garderie ni accepter les enfants, leur distraction, leur bruit dans nos événements est de fait une exclusion des personnes qui s’en occupent et qui ne peuvent pas payer une garde d’appoint.
  • Du fait de leur absence, il y a un manque aussi de représentation politique des mères, et des mères seules ; dans un contexte où elles sont de plus en plus précaires, on n’entend pas leurs voix. Nous devons pouvoir constituer un groupe de pression face aux fragilisations et stigmatisations qui nous ciblent, même si le groupe des mères seules est bien évidemment un groupe diversifié à d’autres niveaux, et les problèmes auxquelles elles font faces sont différents en fonction de leur niveau socio-économique, de leur statut racisé ou non, d’un éventuel handicap, etc. Nous avons aussi en commun avec les mères en couple, la relégation à domicile, l’écartement de l’espace publique, géographiquement comme rhétoriquement. Les mères doivent pouvoir être présentes pendant l’élaboration de nouveaux rapports de force afin de représenter leurs intérêts spécifiques.
  • La relative absence des mères dans le militantisme est également le reflet d’une relégation des femmes et filles au domicile comme phénomène général. Les femmes et filles sont moins présentes et parlent moins dans les collectifs politiques, du plus petit et marginal, au gouvernement, comme dans la rue. Le harcèlement sexuel est un moyen de nous rappeler à l’ordre, de nous renvoyer chez nous, et ceci va bien au-delà des sifflements au coin de la rue : harcèlement au travail, questions intrusives de patron sur nos intentions reproductives, victim blaming en cas de viol. Les inégalités salariales également influent évidemment aussi sur les décisions des couples quand un membre doit arrêter de travailler pour travailler dans le domicile. Le maintien des femmes et filles chez elles est travaillé à travers ces phénomènes. Il y a un travail de fond énorme à mener sur la place des femmes et filles dans l’espace publique.
  • S’occuper d’une famille est un choix entièrement légitime que nous ne remettons aucunement en question. Le problème est que nous vivons dans un monde où le pouvoir est axé sur le travail à l’extérieur du domicile, et de ce fait, s’occuper d’une famille accroît les risques de se retrouver dans des situations difficiles, quand il y a séparation par exemple. Nous demandons que les mères aient la possibilité de militer, pas qu’elles y soient obligées.
  • Par ailleurs, faire émerger une représentation politique des mères, et/ou des mères seules, est important pour cette génération de femmes qui se représenteraient, mais aussi pour les enfants qui le verraient. L’exemple est très important, et si nous ne pensons pas à inclure les mères, c’est aussi parce que nous n’avons pas l’habitude de voir des mères inclues.
  • Militer est aussi pour beaucoup de personnes une activité émancipatoire, en soi, indépendamment des résultats que l’on obtient : s’exercer à la prise de parole, à l’auto-défense rhétorique, à voir les situations que l’on vit et qui sont très dures comme politiques, collectives plutôt que relevant simplement de nos échecs. Ce sont des activités qui peuvent être très importantes, et tout le monde, autant que possible, doit y avoir accès.
  • Etre parent peut aussi être un catalyseur de colère, d’énergie, d’amour militant. Il y a des endroits et des luttes où les mères sont très impliquées, et ceci est puissant, évidemment, comme dans le mouvement contre les violences policières en France, par exemple. Qui peut avoir une envie plus forte de changer le monde qu’un parent qui a perdu un enfant ou qui risque de perdre un enfant ?
  • Les enfants, aussi, sont écarté.e.s de la vie publique, alors qu’il fut des temps et il y a des lieux où les enfants doivent lutter politiquement pour certains droits ; nous voulons par exemple, tout simplement, organiser une conversation avec nos enfants sur ce qu’elles et ils aimeraient faire pendant que nous sommes occupées aux conférences. Ils et elles savent très bien parler, pourquoi les écarter de nos espaces ?

Nous voulons donc permettre aux mères de participer politiquement quand elles le veulent, et ainsi lutter contre la relégation des femmes et filles au domicile et créer les conditions de possibilité pour la constitution d’un groupe de pression dans l’élaboration de rapports de force dans le contexte de retrait de droits sociaux et de néo-libéralisation croissante.

Comment œuvrer en ce sens ?

Pour répondre à cela, il faut se demander pourquoi les mères sont absentes. Nous ne faisons que commencer à creuser cette question, car elle est bien plus complexe qu’une simple affaire de logistique. Nous organisons des groupes de parole pour tenter d’y répondre. Initialement, ce qui en ressort est le manque de garderies ou d’activités pour les enfants. C’est un problème relativement simple, que nous essayons de combler en organisant ou en demandant d’organiser autant que possible de telles activités. D’autres problèmes logistiques surgissent : l’heure des conférences, souvent en soirée ; les déplacements, qui peuvent être très difficiles, surtout pour les parents d’enfants invalides, ou pour les parents invalides. Quand on amène nos enfants avec nous dans les conférences, il y a aussi une certaine attitude de désapprobation quand l’enfant fait du bruit. Nous pensons qu’il est nécessaire de changer l’attitude générale envers les enfants pour un militantisme réellement parents et enfants admis.

Il y a aussi un problème de circulation de l’information. Comme il n’est pas habituel pour de nombreuses mères de militer, c’est un travail de longue envergure de créer un espace où elles peuvent être en confiance, être sures d’être  bien accueillies.

Certaines indiquent aussi vivre des culpabilisations, internes mais aussi externes. Militer peut même apparaitre comme égoïste, s’il faut laisser les enfants avec un.e inconnu.e pour le faire. De manière générale, il y a aussi un manque de confort pendant les réunions, pour toutes ces raisons, et nous élaborons un autre type de réunion, axée sur le confort, le temps, et le respect de la parole de chacun.e.

Nous sommes donc occupées à élaborer des bases pour un militantisme enfants et parents admis. L’organisation de garderies et animations en parallèle aux événements politiques est une première étape importante, non seulement pour des raisons logistiques mais aussi parce que ça constitue un signal fort d’ouverture aux familles. Nous sommes aussi des citoyennes, et nos enfants aussi. Nous sommes aussi concernées par les thèmes dont on traite dans les collectifs, et nos enfants aussi. Nous avons perdu notre village, qui a été institutionnalisé et parcellé, et nous y cherchons des alternatives.

 

Retour sur la table ronde du 28/04: mères et militantes, enjeux et stratégies

Le 28 avril, nous avions une table ronde pour les mères seules qui souhaitent militer et ne trouvent pas le temps ou l’énergie, ou celles qui militent mais qui sont insatisfaites de la place qu’elles trouvent ou qu’on leur accorde dans les collectifs. En tant qu’animatrice, j’avais préparé de nombreux exercices et « ice-breakers », une liste de sujets à aborder, etc., mais nous n’en avions pas du tout besoin. Premièrement, parce que nous étions très peu, ce qui peut créer d’emblée une ambiance intime qui facilite la discussion, et deuxièmement, parce que nous avions tellement de choses à nous dire sur ce sujet que nous avons manqué de temps et de structure pour les explorer.

Première décision unanime de la soirée : il faut créer des espaces de paroles pour les mères seules militantes. Rendez-vous donc le 12 juin, lieu et heure à confirmer.

Deuxième décision: les modes de réunion des collectifs traditionnels sont de fait exclusifs pour nous: en soirée, dans des locaux qui ne conviennent pas aux enfants, révérence du silence et de l’ordre du jour à dispatcher dans un temps fixe, etc; même les manifestations sont en général trop longues pour les enfants; pourquoi pas plus de rassemblements statiques? Nous voulons organiser nos réunions sur un autre mode, en choisissant avec soin le lieu, l’heure et l’organisation.

Nos situations sont très différentes, en fonction du soutien familial ou de proches; de l’âge et du nombre de nos enfants; de la présence ou de l’absence de l’autre parent; de notre situation socio-économique… mais nous avons aussi des expériences communes.

Parmi les sujets qui sont ressortis comme nous tenant à cœur, on peut citer :

  • Le manque de canaux et lieux pour les paroles de mères seules ; dans les discussions autour de la loi travail, par exemple, celles-ci sont notables par leur absence, alors que les mères qui travaillent en souffriront énormément.
  • La difficulté de mener une vie compartimentée entre les moments où l’on porte une casquette « mère », une casquette « militante », une casquette « compagne », une casquette « travailleuse », etc. ; nous souhaiterions avoir la possibilité d’intégrer certains aspects de nos vies, notamment nos enfants et la participation politique.
  • La fatigue et le manque de temps pour soi, de vie sociale.
  • Les culpabilisations, venant des autres et venant de soi-même.
  • L’importance d’impliquer, et je cite, des « zizis » dans la garde des enfants.
  • L’importance d’offrir aussi la possibilité de participation aux mères qui vivent en couple mais qui assurent la plus grande charge de travail liée aux enfants et au ménage, et donc les situations de gestion du temps, des déplacements, de l’énergie, ressemblent très fort aux nôtres de ce fait.
  • L’importance de repenser les collectifs militants et les figures qui sont mises en avant comme exemples dans le milieu de manière à inclure les mères et les enfants : le collectif militant traditionnel, hérité de la gauche, est traversé d’une hiérarchisation puissante qui reflète celle de la société plus large : homme, femmes, enfants ; par ailleurs, la tenue des réunions dans de tels collectifs est de fait exclusive pour les familles. Nous souhaitons repenser les réunions et les organiser de manière plus sociale, ouverte aux enfants et où le temps est laissé à la parole de chacun.e.
  • L’importance de changer les mentalités pour que ça devienne un réflexe d’ouvrir les événements et espaces aux enfants et aux parents qui s’en occupent.
  • Le caractère exclusif des heures de tenues des réunions et conférences.
  • La mise en avant du fait que, même si nous voulons militer aussi en tant que mères seules, les mères seules n’ont pas à porter le fardeau de la représentativité : elles doivent pouvoir parler de sujets dits « d’intérêt général » sans être réduite à la représentation de leur genre ou de leur situation familiale.
  • La remarque a été faite par plusieurs personnes que ma manière de présenter les choses par écrit n’est pas accessible pour un public non-averti. Je reconnais le problème et je ferai des efforts dans ce sens.

Ce n’est donc pas la matière qui manque, ni la motivation, mais bien le temps et peut-être l’énergie. Et ça fait un bien fou d’en parler, parce que qui dit parler à plusieurs, dit mettre en commun. Et qui dit mettre en commun, dit peut-être se rendre compte que nos vécus ne sont pas le résultat de nos propres failles ou insuffisances, mais bien d’un système excluant ; et qui dit se rendre compte de cela, dit politiser ce qui est encore traité comme du privé.

Rendez-vous le 12 juin pour préciser cela…

Non au « mini-miss », ok, mais pas qu’aux concours…

L’organisation d’un concours de « mini-miss » cet été à la Panne provoque un certain scandale. La nouvelle ministre de l’enfance argumente, justement, que  ce type de concours « constitue une dérive de l’hypersexualisation de la société, dangereuse pour l’intégrité morale, physique et psychologique des enfants en bas âge ». Isabelle Simonis dénonce également l’hypersexualisation des enfants: « Je suis tout à fait contre ces concours qui concentrent tous les clichés et stéréotypes par rapport aux femmes et qui en plus sont néfastes par rapport à la construction identitaire et la santé mentale des enfants« , dit-elle. Le Soir, quant à lui, introduit ces critiques en parlant d’une « hypersexualisation précoce des enfants »[1].

Dénoncer l’hypersexualisation des enfants est cruciale, et nous soutenons pleinement l’intention de la ministre pour les droits des femmes d’interdire ces concours. Mais est-il nécessaire de la qualifier de « précoce » ? « hypersexualisation précoce des enfants », n’est-ce pas redondant ? Et si nous parlions juste de « sexualisation » des enfants? Serait-ce moins grave que « hypersexualisation précoce »? Ceci amène la question: existe t’il une sexualisation acceptable et appropriée des enfants?

D’un point de vue normatif, la réponse est très certainement NON. Les enfants ne sont pas des êtres sexuels, ou en tout cas, ce ne sont pas des êtres à sexualiser. Ils et elles peuvent se découvrir une sexualité à partir d’un âge variable, évidemment. Il est difficile de dire à quel âge on devient ou on peut devenir sexuel, en soi, dans les interactions avec les paires. Mais il n’est pas difficile de dire qu’il y a un âge en dessous duquel on ne peut pas sexualiser.

Mais force est de constater que les enfants sont sexualisées. Parce que les enfants sont genré.e.s, et la féminité est construite en fonction d’une sexualisation. Et pas n’importe quelle sexualisation: une sexualisation de violeur où le désir est projeté sur la personne désirée pour qu’elle en porte la responsabilité, plutôt que de rester à la charge de la personne désirante; où les humains sont compartimentés, d’abord entre « corps » et « âme », puis entre parties: un féminin, un objet de désir, est la somme de fesses, seins, cheveux, personnalité, etc.

Les identifiées filles, dès leur naissance, sont formées à être des objets de désirs, dignes de ce désir, et soumises à ce désir. Dans cette éducation hypersexualisée, le désir devient un fait bilatéral, une projection d’autrui sur soi, plutôt que d’être le produit d’une interaction humaine. C’est aussi ça que veut dire « objectivation des corps ». A partir du moment où le corps féminin est déconstruit et dissocié de la personne humaine, où il devient des morceaux d’un puzzle, qu’est-ce qui empêche la projection d’un désir sexuel sur un.e enfant? Quelle-est la différence entre un corps d’adolescente et un corps de femme, dans les yeux d’un homme adulte? Quel outil d’appréhension, quel concept du bagage sexuel de notre culture empêche cet amalgame? Aucun. Pour appréhender la différence entre une femme et une enfant, il faut considérer que l’on est face à une personne. Si cette personne disparaît dans un processus d’objectivation, en quoi est-ce grave d’avoir des relations sexuelles avec une adolescente, avec une enfant?

Le terme même de  « sexualisation » porte en lui des notions importées d’une culture du viol tout en servant à la dénoncer. Pourquoi parler d’hypersexualisation quand la sexualisation est déjà une violence? Le préfixe -ation indique un processus; sexualisation veut dire « rendre sexuel ». Il n’y a donc que l’AUTO-sexualisation qui est compatible avec une notion du désir non-violente.

Dénonçons donc les concours mini-miss, mais n’oublions pas qu’ils ne sont que la pointe de l’iceberg qui est notre société du viol, et aussi difficile soit-il de l’avouer, une société du viol est une société porteuse intrinsèquement d’un potentiel pédophile. Qu’est-ce qui fait la différence entre un viol et une relation sexuelle? Non pas le « consentement », notion qui relève elle aussi d’un vocabulaire de violeur, mais l’agence, l’agentivité, l’action. Qu’est-ce qui fait la différence entre une femme et un enfant? L’agence, également. Or, les femmes sont infantilisées dans leur sexualité. La sexualité féminine présentée comme idéale dans notre culture est une sexualité passive, sans agence. La femme idéale n’est pas une adulte, mais un substrat de sexualisation imposée de l’extérieur. Cette perception des femmes réduit la différence essentielle entre femme et enfant. Il faut repenser notre culture sexuelle, sans quoi ça n’a aucun sens de se prétendre indigné.e par une « hypersexualisation précoce des enfants. » Soyons indigné.e.s par la possibilité de sexualisaTION de l’autre; par une éducation à la passivité de la quasi totalité des identifiées filles; par le déplorable état de notre culture sexuelle, qui confond sexe et viol, humain et objet, où toutes les filles et femmes sont confondues dans une masse de féminin demi-humain, objet de désir ou porteur de ce potentiel encore non déployé mais déjà constituant l’essence de notre être, ou plutôt de notre non-être. »

Eleanor Miller

 

 

 

 

[1] http://www.lalibre.be/actu/belgique/un-concours-de-mini-miss-prevu-cet-ete-souleve-l-indignation-5717b3ec35708ea2d4bc0f66

Rassemblement: NON à la fête des mères, OUI aux choix

Ce dimanche 8 mai 2016, le jour de la “fête des mères », aura lieu un rassemblement à Bruxelles, Place Poelaert, à 14h.

RASSEMBLEMENT

Un dimanche par an, les mères reçoivent des fleurs, des compliments, des remerciements pour le travail non payé qu’elles font. Nous posons que ces gestes vides servent à cacher les problèmes auxquels font face les mères ainsi que ceux qui ciblent les femmes sans enfants. Cette fête des mères, pour relancer une tradition du féminisme de seconde vague qui est malheureusement disparue, nous nous rassemblons pour politiser cette journée, pour montrer la réelle diversité des mères, des familles et des femmes et pour mettre en lumière

les revendications symboliques suivantes :

Nous nous rassemblons :

  • Pour une vision écologique de la parentalité qui situe l’éducation des enfants à l’intersection de nombreuses influences
  • Contre la stigmatisation raciste des familles non-blanches
  • Contre l’enrôlement de nos utérus dans des guerres sociales
  • Pour une représentation de la réelle diversité des familles et des femmes dans les discours et images étatiques, y compris les manuels scolaires
  • Contre les injonctions faites aux femmes, à la maternité, à une maternité d’un certain type
  • Pour la sortie de l’IVG du code pénal et pour la contraception gratuite
  • Pour une meilleure recherche et développement en alternatives contraceptives
  • Pour une place de garde pour tou.te.s les enfants
  • Pour une prise en compte des besoins des enfants et pour qu’elles et ils soient considéré.e.s comme des citoyen.ne.s de plein droit
  • Pour un partage des charges familiales égalitaire et pour que l’Etat prennent des mesures y contribuant (congé de paternité obligatoire)
  • Pour que nos dirigeants appliquent le gendermainstreaming, inscrit dans la loi depuis 2007
  • Pour un urbanisme qui tient compte des rythmes de vie de tou.te.s les citadin.e.s
  • Pour l’individuation des droits sociaux
  • Pour un meilleur statut pour les personnes assurant les soins à domicile
  • Pour une valorisation des métiers de « care »
  • Pour une consultation des concernées dans l’élaboration de politiques familiales

Par ailleurs, pour que l’événement soit accessible aux personnes moins mobiles, plus âgées et aux petits enfants, nous nous rassemblons plutôt que de manifester en marchant ; les enfants sont les bienvenues et seront protégés dans un lieu encadré par des bénévoles.

Pour toute question, s’adresser à activistchildcare@gmail.com

Event facebook: https://www.facebook.com/events/1511680692474632/

lire l’appel complet ici: https://activistchildcare.org/actions-3/

Amazone appelle aux témoignages concernant la parentalité au travail!

Campagne #EnfantsAdmis #1

APPEL A TEMOIGNAGES

Votre employeur a-t-il bien ou mal réagi à l’annonce de votre grossesse ? Lors de votre entretien d’embauche, vous a-t-on demandé vos (éventuelles) envies de famille ? En tant qu’homme, avezvous reçu des remarques de la part de vos collègues ou supérieur.e.s lorsque vous avez pris votre congé de paternité ?

L’asbl Amazone cherche des femmes et des hommes qui souhaitent partager leurs expériences de la maternité et de la paternité sur leur lieu de travail. Ces témoignages peuvent aussi bien être positifs que négatifs !

Merci de les envoyer par e-mail à enfantsadmis@amazone.be ou par messages privés à @Amazone.vzw.asbl. Plus d’info : http://bit.ly/1LJfRJ4. Texte – Twitter !WANTED! Témoignages sur la #parentalité au travail. Info: http://bit.ly/1QhKA5m. #enfantsadmis #discrimination Plus d’informations ? Personnes de contact : Constance Isaac 0484 54 88 02 ou 02 229 38 93 – c.isaac@amazone.be

Partenaires : Avec le soutien de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes.