Qui/comment est votre famille?

En vue de la création d’une installation artistique pour le rassemblement pro-choix le jour de la « fête des mères »,

Nous aimerions savoir: à quoi ressemble votre famille? 

Etes-vous entouré.e d’un.e époux-se du sexe opposé et de 2,3 enfants?

Dépendez-vous de votre animal de compagnie?

Vivez-vous seul.e mais entouré.e d’ami.es proches?

Avez-vous une communauté qui vous ressemble et qui compte pour vous?

Vivez-vous en couple?

Aimez-vous des inconnu.e.s?

Cousins, oncle, tantes, sont-ils proches ou lointains?

Qui sont les êtres qui peuplent votre monde, qui constituent pour vous un réseau sans lequel vous ne sauriez faire, grandir, vivre?

Ou êtes-vous peut-être enfermé.e dans une famille qui vous étouffe?

En quelques mots, faites-nous parvenir via mail (activistchildcare@gmail.com), ce que la notion de « famille » vous inspire, afin de nous aider à représenter ce 8 mai la réelle diversité qui se cache derrière ce mot plurivoque mais rarement utilisé comme tel.

(tout en préservant votre anonymat).

 

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Mars/avril 2016

Table ronde: « mères militantes, difficultés et stratégies »

Le 28 avril 2016, de 17h30 à 19h30, au Space, rue de la Clé n°26 à 1000 Bruxelles

Vous êtes responsable d’enfants ou autre dépendant.e.s et impliqué.e politiquement?
Vous souhaitez vous impliquer politiquement mais avez du mal à conjuguer vie familiale, vie politique et/ou professionnelle? Venez échanger autour de ces difficultés, exprimer vos besoins en la matière et partager vos stratégies de gestion de temps et des priorités, et peut-être poser les bases d’une élaboration de stratégies collectives.
En parallèle, sur place, pour les enfants de 4 à 12 ans: initiation musicale animée par Jacob Miller (musicien rock, professeur de guitar et de basse et animateur).

Si vous avez des tou.te.s petit.e.s, possibilité aussi de garderie sur place.

Prix libre, inscription souhaitée en écrivant à activistchildcare@gmail.com (indiquez le nom et l’âge de vos enfants).

Présence ce jeudi 31 mars

Garderie gratuite, ce jeudi 31 mars pendant la Rencontre/discussion avec Houria Bouteldja autour de son livre « Vers une politique de l’amour révolutionnaire », au Pianofabriek, rue du Fort Saint Gilles, 1060.

 

Mère ado, pas bien.

On m’a offert un livre récemment qui traite des mères adolescentes. En tant que féministe et en tant que (jadis) jeune mère seule, je m’y intéresse. Je lis beaucoup sur ces femmes, sauf que ce qu’on peut lire ne parle pas de femmes, mais d’un « phénomène social » qui serait l’agrégation d’un groupe homogène, même si on peut y reconnaître quelques sous-catégories. Souvent seules, donc coûteuses pour l’Etat, jeunes, donc immatures, tantôt dépeintes comme de mauvaises mamans, productrices à la chaîne de sociopathes sans attaches ; tantôt comme des victimes, des incubatrices fertilisées sans agencéïté aucune, gardiennes endormies au goal. En cause ? Non pas le patriarcat ni ses injonctions à la disponibilité sexuelle, mais une éducation à la contraception défaillante. Ce livre ne fait pas vraiment exception, mais une autre manière de voir les choses y est évoquée en passant : la grossesse adolescente portée à terme serait pour certaines une forme de subversion. Cette idée me parle tellement que j’en ai presque les larmes aux yeux. C’est la première fois que je me retrouve dans une explication de ce « phénomène », que j’ai vécu comme une série d’actes et surtout de décisions qui m’étaient propres.

De manière générale, je ne me retrouve pas dans les discours autour de la maternité. Instinct maternel, destin naturel ? Non merci. La maternité comme soumission au patriarcat ? Non plus. J’entends les féministes, parlant du droit à l’IVG et de la vigilance nécessaire, évoquer la pression qu’elles connaissent de devenir mères, de ne pas avorter, et je tends toujours l’oreille, curieuse, intéressée, mais sans m’y retrouver. Je vois les injonctions à la maternité dans les médias, dans les discours politiques, dans les structures institutionnelles même, et je m’aligne politiquement, sans hésitation, en fonction de ce qu’on me dit être une doxa généralisée, tout en gardant en tête que dans ma microsociété de mes 18 ans, c’était tout le contraire : les filles bien y baisaient, mais si elles tombaient enceinte, elles avortaient, le désir de devenir mère étant une sorte de preuve de soumission, un truc de pauvres et d’immigrées. Chez moi, on est éduquée, ambitieuse, et sexuelle. Qui dit maternité dit réduction au moins temporaire de la disponibilité sexuelle des femmes, et à 18 ans, on devait encore être uniquement au service des hommes. Tout autre élément qui occupe, qui réduit l’attention qu’on leur porte, est donc hérétique. Devenir mère très jeune, c’est encore pire : c’est emprunter l’ascenseur social dans le mauvais sens. Je n’ai jamais entendu personne parler de ces injonctions, que j’ai toujours ressenties comme étant les principales. Suis-je seule à les avoir connues?

Je suis tombée enceinte; pas trop jeune, certes, mais n’étant qu’en 4ième secondaire (en professionnel en plus, une lettre écarlate dans mon milieu), et le père étant sans papiers, je n’étais visiblement pas une candidate crédible à la maternité. Du moins, c’est ce que les nombreu.ses.x mandaté.e.s, médecins, AS, psy, m’ont fait ressentir. La gynéco : « J’imagine que c’est une mauvaise nouvelle pour vous. » La psy : « Etes-vous vraiment sure d’être capable d’assumer un enfant ? Vous êtes vous-même encore une enfant. » Les regards des docteurs à l’hôpital, d’un infirmier en particulier qui était chargé de m’observer à la maternité, pour voir si ma fille n’était pas à risque (« Mademoiselle, quand vous rentrez vous aller devoir le faire toute seule alors montrez-moi que vous en êtes capable. »). Les présomptions de négligence, de violence, de dépression ; la surprise de me voir lire des bouquins sur la parentalité, de voir que je SAIS que les bébés ça ne boit pas du coca, qu’il faut faire attention de bien tenir leur tête, etc. Puis l’assistante sociale envoyée chez moi. Je pensais à l’époque que c’était une généralité, que tous les nouveaux parents connaissaient ces visites surprises de mandaté.e.s qui leur posent des questions intimes sur leurs (supposées) envies de violences ou crises dépressives, qui regardent d’un oeuil jugeant le linge qui s’accumule dans le panier, les miettes sur la table de la cuisine. Oui, c’était un peu le bordel, j’étais crevée, j’avais mes problèmes pour gérer, comme tout nouveau parent, mais ces petits soucis revêtaient chez moi une signification qu’elles n’auraient pas eue si j’étais une employée de 30 ans avec un mari qui parlait français ; si j’habitais une maison à Uccle plutôt que dans un minuscule appart sur un grand axe à Schaerbeek. Ah oui, et l’allaitement. Au début, l’AS était étonnée que je fasse ce « choix d’adulte » mais passé un an, ça redevenait un élément qui devait être du à un manque d’éducation. Je « faisais du mal à ma fille » en l’allaitant jusqu’à ses deux ans.

Sceptique que je puisse m’en sortir, tous. Me faisant comprendre que je devrais avorter de cette enfant, que pourtant je voulais, pour une raison ou une autre. A 18 ans, j’en faisais 15, et me baladant avec un ventre énorme, ou sortant mon sein dans la file à l’ORBEM, les regards ne disaient pas « c’est beau de voir une femme remplir son destin de maman, bravo brave fille », ils disaient « encore une fille irresponsable qui bat surement son gosse. » Bon, j’extrapole un peu, mais moins que vous ne pourriez penser. Puis les remarques aussi, quand t’es jeune, on se permet des « Vous allez l’étouffer avec votre sein ! » ; des «Pourquoi elle pleure ? ». Pour moi, c’était donc subversif de la garder. C’était subversif de plutôt bien m’en sortir, de défier les attentes. C’est encore subversif : ma fille a 9 ans maintenant, et quand elle connaît des trucs que seuls les bourges ayant fait tout dans les temps ne devraient connaître, ça étonne encore. Une gamine et un sans papiers l’ont produite, comment se fait-ce qu’elle ait des livres à la maison ? Puis déjà si je suis tombée enceinte ça montre bien notre niveau d’éducation, n’est-ce pas ? Tout le monde sait qu’il n’y a que les pauvres analphabêtes qui tombent enceintes. Et quand je parle de ça, de ce regard jugeant que j’ai connu, on me dit que c’est parce que je ne suis pas comme les autres, que les généralités tiennent quand-même, qu’ils ont raison de me juger, de me surveiller, que ce paternalisme qui pense te connaître parce que t’as fait un choix qu’il n’aime pas, parce que t’as fait le choix de faire partie d’une catégorie marginalisée, de devenir « adomaman », est justifié globalement, si pas pour l’aberration statistique que je suis.

Certes, j’étais presque adulte ; mes parents sont universitaires, même si financièrement ce n’était pas la joie. J’ai pu moi-même terminer mes secondaires et obtenir un master par la suite. J’ai des avantages sur le marché de l’emploi que les plupart des adomamans ne connaissent pas ; j’en suis consciente, et reconnaissante. Je m’en sors plutôt bien. Je ne suis pas représentative, ou du moins pas clichée, et je ne nierai jamais les privilèges que j’ai connus. Mais si je fais exception, ce n’est pas parce que je suis exceptionnelle. Premièrement, là où j’ai emprunté un chemin différent de mes camarades de classe sociale, ce n’est pas le moment où le spermatozoïde a rencontré l’ovule, mais au moment où j’ai refusé d’écouter les mandaté.e.s, où j’ai choisi de garder cette créature, au départ si étrangère, en moi, jusqu’à pouvoir la rencontrer. Deuxièmement, j’étais outillée, dans une certaine mesure, à m’en foutre de ce que les gens pouvaient penser de moi ; formée à faire le contraire de ce qu’on me disait. Et plus tu es perçue comme étant « pas comme les autres », plus tu peux le devenir, accédant à des boulots auxquels elles n’ont pas droit, par exemple.

On peut se demander pourquoi la plupart des très jeunes mères viennent de milieux défavorisés, pourquoi certaines avortent et d’autres portent leurs enfants à terme. Dans cette situation précise, n’y a-t-il pas une perception d’incompatibilité entre être une fille bien et être maman jeune ? Est-ce possible que plus certain.e.s mandaté.e.s voient leurs charges comme des « filles bien », capables de réaliser d’autres fonctions que celle de mère, plus elles les poussent vers l’IVG ? Et moi, j’étais une fille bien : j’étais blanche, anglophone et j’avais deux parents, ce qui rendait mon choix incompréhensible. Une AS m’a dit, et je cite « C’est quand-même bizarre qu’une fille avec des parents comme les vôtres tombe enceinte. » Ah bon. Aujourd’hui, on me félicite d’avoir « géré ». Et autant je suis plutôt satisfaite de la série de décisions qui m’ont amenée jusqu’ici, autant je suis rassurée à entendre ces compliments, ça me fait mal pour « ma » catégorie d’être considérée comme exceptionnelle parce que ça va. C’est dur de garder un enfant accidentellement conçu. C’est vraiment très dur. Si j’ai l’air de mieux gérer que celles que l’on voit dans les documentaires anglais sur cette catastrophe sociale que nous sommes, c’est parce que j’ai eu de la chance, c’est tout. Ma relative réussite n’est pas le fait d’une aberration statistique : cessons l’essentialisation des jeunes mères. Les mères ado sont toutes différentes, mais je conclurai quand-même avec un amalgame, pour au moins fournir une alternative à notre essentialisation mainstream, à défaut de pouvoir détruire cette dernière : ce sont des résistantes, autant que des victimes.

Je ne remets aucunement en cause la réalité de l’injonction à la maternité, de plus en plus décomplexée, ainsi que les problèmes d’accès à la contraception et à l’IVG, mais ce que j’ai connu était autre, en substance si pas en essence. Suis-je seule a avoir connu cela ? Je suis devenue bête et bonne à rien aux yeux de certain.e.s en devenant maman. Aujourd’hui je me bats pour maintenir le droit à l’IVG, et parallèlement, j’aimerais qu’on commence à reconnaître le caractère subversif et la difficulté que peut engendrer le choix de garder son enfant. Tout comme les femmes sont toujours trop sexy ou pas assez, nous sommes aussi toujours trop maternelles ou pas assez, trop « carriéristes » ou pas assez. On ne peut pas gagner, ou pas encore, mais on se bat comme on peut ; la subversion de l’une est le conformisme de l’autre, alors arrêtons de nier a priori l’agencéïté, l’esprit et la force des mères ado, ni de celles qui n’empruntent pas ce chemin. Parlons plutôt de comment les mandaté.e.s tentent de contrôler nos choix ; de cette impasse que connait toute femme qui fait que ses décisions ne seront jamais entièrement légitimes, parce que toujours soumises à l’approbation de l’assemblée et déplaisant toujours à quelqu’un.

Eleanor Miller

Publié initialement sur Freaks of Modernism.

Appel à manifester ce 5 mars 2016

En 2016, les violences envers les femmes, c’est partout et tous les jours. Ça suffit!
Nous, femmes solidaires, refusons :
– que d’autres parlent à notre place de nos vies que nous sommes les seules à connaitre. Marre du paternalisme!
– que les violences machistes que nous rencontrons toutes avec plus ou moins d’intensité sous l’une ou l’autre de leurs déclinaisons (violences du partenaire, sexuelles, psychologiques, économiques, institutionnelles, mutilations, harcèlement de rue, mariages forcés, discriminations, sexisme quotidien, précarisation, …) soit minimisées ou invisibilisées. Marre du déni!
– d’être jugées et incitées à changer de comportement pour éviter les violences que nous subissons. Marre de la culpabilisation!
– que d’autres prétendent vouloir nous défendre alors qu’ils concrétisent en fait sur notre dos des politiques sécuritaires, racistes, impérialistes et capitalistes qui ne font en rien avancer les droits des femmes, bien au contraire. Marre de l’instrumentalisation!
Nous exigeons :
– que nos paroles et nos réalités soient entendues pour ce qu’elles sont.
– que la honte change de camp, que les violences machistes sous toutes leurs formes ne soient plus tolérées.
– que la responsabilité des violences machistes soit assumée collectivement et que les pouvoirs publics débloquent donc des moyens pour les combattre structurellement.
– Nous exigeons de vivre enfin toutes en sécurité.
C’est pour ça, et parce que nous savons que ce n’est que par notre mobilisation déterminée et collective que nous parviendrons à faire bouger les choses, que, à l’approche de la journée internationale des droits des femmes, nous appelons nos mères, nos sœurs, nos copines, nos voisines à prendre la rue ensemble pour une manifestation de femmes* le samedi 5 mars 2016, à 14h, à Bruxelles, au départ de la Place Marcel Broodthaers (gare du midi, sortie Fonsny).
Les enfants sont les bienvenues et pour les parents qui le désirent, leur sécurité et visibilité seront assurées dans un « baby bloc » encadré en tête de cortège.
Notre féminisme n’a pas de sens s’il entretient les privilèges de certaines (blanches, hétéros, valides, bourgeoises, avec papiers, …) au détriment d’autres d’entre-nous. Nous savons que notre combat ne peut se gagner qu’en s’attaquant en même temps et avec autant de vigueur à toutes les oppressions et discriminations.
Aussi, pour garantir une action solidaire et inclusive où chacune se sente bien et à sa place, aucune expression raciste, islamophobe, lesbophobe, homophobe, transphobe ou putophobe ne sera donc tolérée dans le cortège. Nous resterons mobilisées dans ce sens au-delà du 5 mars, en soutenant et rejoignant notamment la manifestation organisée le lendemain par le comité des femmes sans papiers (infos ici:https://www.facebook.com/events/502324079970892/).
Femmes en lutte
Avec le soutien de Feminisme Yeah!, Cercle Féministe de l’ULB, Collectif contre l’islamophobie en Belgique (CCIB), Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et l’islamophobie (Mrax), KIF KIF, Azira’s Way, My Choice Not Yours, FEL – feministisch en links, Garance asbl, Bruxelloise et Voilée, Tayush, Vrouwen Overleg Komitee (VOK), Amnesty International Belgique francophone, les Affranchies (groupe féministe des JOC Bruxelles), Malfrap, ActivistChildCare, … (Pour soutenir l’initiative, comme organisation ou individuellement, écrire à femmesenlutte@gmail.com)
*La manifestation est ouverte à toute personne qui a vécu ou vit une oppression en tant que femme ou perçue comme telle. Les hommes qui voudraient nous apporter leur soutien sont chaleureusement invités à le faire en respectant notre choix de non-mixité et en collaborant d’une manière ou d’une autre à la promotion de notre mobilisation. Dans ce cadre, toute initiative de leur part solidaire mais séparée est donc aussi la bienvenue.

Notre mission

Bruxelles est une petite ville, mais une ville qui vit. Conférences, actions, tables de discussion, organisées par des collectifs allant de un à des centaines de personnes, subsidiées ou non. Une semaine ne passe pas sans de nombreux événements politiques. Nous avons un riche paysage politisé, une écologie de revendications, de collectivisations et d’actions. Ceci est porteur d’espoir. Militer, sous ses différentes formes, est un geste spéculatif au sens des philosophes constructivistes: se lancer dans un futur imaginé, espéré, et faire ce que l’on peut pour y arriver, tout en sachant que notre pouvoir est limité ; ne pas se laisser décourager ou défaire par l’écrasante réalité des oppressions contre lesquelles nous luttons, mais continuer à faire, croire, dire, dénoncer.

Il est évident que même une écologie politique saine n’amène pas l’égalité. Différentes revendications collectives ont différents poids politiques. Deux personnes qui financent des actions de leurs poches n’ont pas le pouvoir d’un ancien mouvement subsidié et bien ancré; ce dernier, par contre, n’a pas la liberté d’action ou de position du premier. Chacun.e a son avis sur ce qui est le mieux ; chacun.e a une ou des causes qui lui sont particulièrement chères ; chacun.e a ses croyances quant à comment fonctionner.

Pour nous, l’essentiel n’est pas que l’on se mette d’accord. Comme dans une prairie sauvage, l’essentiel est que poussent des graines, différentes. Quand la prairie deviendra champ, la domination aura gagné. Si nous avons à Bruxelles une certaine diversité politique, certains groupes et donc certaines revendications sont remarquables par leur absence, parce que certain.e.s n’ont pas les moyens de s’organiser.

Il est très difficile de s’organiser politiquement quand on a des responsabilités qui occupent notre temps. Nous pensons qu’il est essentiel de faire tout notre possible pour accommoder les personnes qui n’ont pas le temps de militer, et pour leur offrir des espaces accessibles. Comme dans tout espace-temps publique, le militantisme connait de nombreuses entraves à l’accessibilité. Ce qui nous occupe spécifiquement ici est l’impossibilité ou la difficulté pour les parents ou adultes chargés d’enfants qui n’ont pas la possibilité de faire garder leurs enfants d’être présent.e.s aux conférences, actions et réunions politiques.

Il est pourtant incohérent pour un collectif qui se veut inclusif de tenir des réunions en dehors des heures d’écoles sans que les enfants y soient bienvenues. D’autre part, des revendications sont formulées sur base de la présence des personnes « revendiquantes » au sein d’un mouvement ; les revendications propres aux mères seules et autres adultes responsables d’enfants ne sont donc pas suffisamment portées à l’attention des collectifs. Ces personnes en ont, pourtant, car elles constituent un groupe précarisé et stigmatisé. En leur rendant plus facilement accessibles ces collectifs, nous espérons plus les entendre. Pour qu’elles deviennent effectivement plus présentes, il ne suffira pas de garderies ou activités, mais il faudra également communiquer auprès d’elles pour qu’elles soient au courant de ces activités, et refléchir aux autres barrières invisibles qui sont très réelles pour elles. Ces barrières sont à découvrir à travers des tables rondes, par exemple.

Bien-sûr, nous pouvons amener nos enfants aux réunions, mais nous sommes alors distraits, et étant en général seule participante à être ainsi distrait, la situation n’est pas confortable. Les enfants sont mis à l’écart de la vie publique de manière générale, et relégués à des espaces bien spécifiques (parcs, écoles, maisons de jeunes). Nous n’avons pas l’habitude de les trouver aux grandes conférences. Nous n’avons pas l’habitude d’accepter le bruit qu’ils peuvent faire comme résultat inévitable de notre coexistence. Ceci doit changer, et nous avons pour intention d’œuvrer en ce sens. Par ailleurs, payer une garde d’enfants coute cher. De nombreuses personnes peuvent compter sur des membres de leur famille ou sur des amies pour s’en occuper. De nombreuses autres ont la possibilité économique de payer une garde. D’autres pourraient ce faire, mais verraient le fait de laisser leurs enfants à un.e autre pour une soirée comme un sacrifice trop grand. Les événements militants destinés aux adultes devraient donc être accompagnés de garderies ou activités destinées aux enfants. Il ne suffit pas que ce soit possible pour les personnes qui s’occupent d’enfants d’être présentes, il devrait être confortable. Ceci est aussi l’occasion d’ouvrir des espaces militants pour les enfants. Il en existe déjà, certes, mais ils restent trop rares.

Pour ces raisons, nous fondons aujourd’hui ActivistChildCare, asbl:

Cette association a pour  buts :

-de favoriser la participation des personnes ayant des obligations et responsabilités parentales dans les mouvements citoyens et militants dont les buts sont en règle avec les valeurs démocratiques, les droits fondamentaux et l’écologie.

-de favoriser l’organisation politique des parents et autres personnes chargées d’enfants afin de mener à une meilleure représentation politique de ces derniers et des revendications qui leurs sont propres, d’une part, et de contribuer à les outiller pour la défense des droits de leurs enfants quand ceux-ci n’ont pas la capacité légale pour le faire, dans une perspective d’éducation permanente et populaire.

-d’œuvrer à rendre les parents politiquement visibles en Belgique, notamment les mères seules.

Et d’autre part,

-d’ouvrir des espaces destinés aux enfants au sein de ces mouvements, afin de les exposer à l’expérimentation démocratique, à l’exercice de la prise de parole et de la formulation collective de revendications, et d’ainsi former des citoyennes et citoyens capables de défendre leurs droits. Ces espaces seront des lieux d’activités diverses, dont les pratiques sont en règle avec les valeurs démocratiques et le respect de l’environnement.

-de favoriser la prise de parole des parents et enfants dans les collectifs militants.

-de prêter attention à la situation des parents et des enfants dans le paysage associatif belge afin d’élaborer à terme un état des lieux permettant de proposer des pistes pour améliorer leur inclusion.

-de lutter contre la stigmatisation des familles monoparentales et contre le sexisme.

 

Notre plus cher espoir est que, à long terme, nous n’ayons plus de raisons d’être ; qu’il soit un reflex de penser aux enfants et aux adultes qui s’en occupent ; qu’il devienne possible d’exister politiquement tout en ayant une vie de famille, même dans la précarité. Nous espérons pouvoir contribuer à la réalisation de ce possible.