Des garderies ponctuelles pour l’inclusivité.

Les femmes ont moins de temps libre que les hommes, on le sait. Les tâches domestiques et familiales, mais aussi les déplacements dans la ville, entre domicile, lieu de travail, école/crèche/centre de loisirs des enfants, courses, qui sont plus tortueux pour les femmes que pour les hommes, nous occupent. Les femmes qui ont des enfants sont encore plus limitées en termes de temps pour elles. De ce fait, elles accèdent difficilement aux loisirs, aux sports, à de nombreux postes, professions et promotions ; elles travaillent plus souvent à temps partiels, leur permettant d’accumuler moins de pouvoir économique et social que les hommes. Elles ont moins de temps pour lire, pour être seules, pour voir leurs ami.e.s ; et, pour en venir au sujet, moins de temps pour militer.

L’absence des mères dans les collectifs militants et lors des événements militants de tous types est frappante, et celle des mères célibataires encore plus. Quelques-unes parviennent à maintenir des activités militantes après l’arrivée d’enfants, mais celles-ci sont en général privilégiées, soit économiquement, soit en faisant partie de celles dont les compagnons partagent les tâches familiales. Par ailleurs, les mères s’organisent peu face aux causes qui leurs sont propres, alors que nous savons que les mères seules sont parmi les plus précaires.

Les raisons de cette relative absence ne sont pas simples, mais l’une d’entre elles est sans aucun doute le manque de temps et la difficulté de trouver une garde d’enfants quand on est en situation de précarité. Je savais moi-même être présente aux rencontres militantes ayant lieu pendant les heures scolaires, quand j’avais l’horaire flexible d’une étudiante, mais depuis que je travaille à temps plein, je ne sais que très rarement être présente à des événements qui me tiennent pourtant à cœur : manifestations, conférences, ciné-débat, réunions, actions diverses. Ces événements sont pourtant nourrissants et émancipateurs, et l’accès au temps libre est un droit.

Par ailleurs, le problème est double : problème pour l’individu qui souhaiterait militer, et souci de représentativité dans les collectifs militants. Les revendications propres aux mères et/ou aux mères seules risquent d’être oubliées du fait de ce manque de représentation. Il est même possible (je dis bien possible, ce n’est aucunement une certitude) que les causes propres aux enfants, très largement oubliées même dans les mouvements à volonté intersectionnelle et inclusive, soient plus portées si les mères, encore aujourd’hui principales porteuses du « care », avaient la possibilité de fréquenter ces mouvements.

Par souci de cohérence et pour des raisons éthiques, les événements militants doivent donc faire ce qu’ils peuvent. Et que peuvent-ils faire ? La relégation des femmes et des mères au « chez soi » est un nœud dans une toile faite de dominations multiples, bien-sûr. Il y a sans doute une large composante autre que simplement logistique (fatigue, ou encore sentiment de culpabilité des mères du fait d’être absentes de la maison, par exemple), que nous ne pouvons pas changer directement. Par contre, je demande que soient organisées systématiquement des garderies pour tout événement militant qui a lieu en soirée ou pendant les vacances scolaires, ouverte à tou.te.s les enfants des participant.e.s. Ceci est déjà fait pour certaines grandes conférences, et je me réjouis toujours quand je vois une telle initiative, mais ce devrait être systématique. Ça doit devenir un réflexe d’accepter une part de responsabilité dans cette de facto exclusion des mères des mouvements, car il est possible de faire ce pas.

Ça ne doit pas être coûteux, ni compliqué. Je propose une tournante bénévole, à laquelle je participerai volontiers et que je propose d’organiser sur Bruxelles. Les organisateurs et organisatrices ne doivent donc que fournir un lieu et diffuser l’information. Il ne sera pas difficile de recueillir du matériel ludique. Je suis consciente que les participantes ne seront sans doute pas nombreuses, au moins au début. M’objectera t’on peut-être aussi qu’il y a de potentiels soucis à laisser son enfant avec un.e inconnu.e. D’où l’importance d’une garderie sur le lieu même de l’événement, quand il n’est pas mobile, où les parents inquiets pourraient passer pendant les pauses, mais aussi l’importance de travailler en équipe de deux. Il faudra également être attentif/ve/s à la probable genrification de cette tâche : si ce sont toujours les mêmEs, nous aurons échoué. Par contre, si nous libérons le temps d’une soirée ainsi UNE mère seule en situation de précarité, UNE mère en couple avec un homme qui ne respecte pas ses besoins, son droit à militer, à s’informer, à s’émanciper, pour qu’elle puisse parler de son expérience et entendre celles des autres, nous aurons avancé.

Cette garderie serait bien-sûr ouverte aux enfants de tou.te.s les particpant.e.s, hommes et femmes compris, et permettrait également aux couples de militer ensemble. Dans un deuxième temps, nous pourrons aussi discuter de la proposition d’activités militantes à ces groupes d’enfants. Une critique parfois adressée à une telle initiative la rapproche d’un abus de pouvoir. Les enfants sont trop jeunes pour être politiques, donc ça dépasserait nos droits parentaux de « tenter de les convertir au X-isme ». Dans une certaine mesure, je pense que cette critique est légitime ; il serait possible d’abuser de son pouvoir d’adulte dans un tel contexte. Mais pourquoi ne pas mettre en place des activités qui tentent plutôt de faire émerger des paroles d’enfants, plutôt que de leur imposer une fois de plus une parole adulte ? Je pense également que c’est se leurrer de penser que nos enfants ne sont pas exposés à des adultes qui abusent de leur pouvoir pour leur inculquer des idées politiques… Au mieux, un jeu autour de la déconstruction des hiérarchies sociales serait un brin de vision alternative susceptible de bousculer un peu ce qu’elles et ils entendent à l’école, par exemple. J’accepte la critique néanmoins, et je propose d’en discuter dans un deuxième temps.

Premièrement, faisons preuve de solidarité et joignons la simple logistique aux paroles.

Pour plus d’information, pour devenir bénévole ou pour proposer un événement, écrire à activistchildcare@gmail.com

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